Seconde main, réparation, location, anti-gaspillage… l’économie circulaire a glissé de nouvelles habitudes dans notre sac de courses. Ce sont autant de nouvelles façons de commercer. Achats, logistique, magasins, services, métiers… toute la chaîne est dans la boucle. Pas mal pour une économie qui tourne rond.

L’économie circulaire, c’est quoi au juste ?
Pendant longtemps, notre façon de consommer a surtout ressemblé à une ligne droite. On fabrique. On achète. On utilise. On jette. Simple. Peut-être même un peu trop.
L’économie circulaire préfère les boucles. Son principe est assez facile à comprendre. Utiliser moins de ressources, faire durer les produits et les matières plus longtemps et produire moins de déchets.
L’économie circulaire ne veut pas simplement dire recyclage. Le recyclage arrive plutôt en bout de course, lorsque les autres options ont été épuisées. Avant ça, on peut réparer, réutiliser, revendre, reconditionner, louer, récupérer des pièces ou des matières… Dans le commerce, on retrouve aussi la vente en vrac, la lutte contre le gaspillage ou la valorisation des invendus.
Bref, avant de déclarer un produit bon pour la poubelle, l’économie circulaire lui cherche quelques plans B.
Et si on parle bien d’économie, ce n’est pas pour faire joli sur une présentation PowerPoint. Ces nouvelles façons de faire créent aussi de l’activité, des services et des besoins en compétences. L’économie circulaire concerne l’environnement et plus encore. Elle change aussi notre façon de produire, d’acheter, de vendre, de transporter et même de conseiller.
Tout le commerce peut entrer dans la boucle.

Spoiler, nos grands-parents le faisaient déjà
Un meuble gardé pendant trente ans. De la vaisselle transmise dans la famille. Un vêtement recousu. Un appareil réparé lorsqu’il tombait en panne. Révolutionnaire ? Pas vraiment. Nos grands-parents n’avaient pas attendu l’expression «économie circulaire» pour faire durer les choses. Quand un objet avait de la valeur, on essayait de le conserver, de le réparer ou de le transmettre.
Même dans le commerce, certaines pratiques ne datent pas d’hier. Darty développe par exemple son service après-vente dès la fin des années 1960. Avec son Contrat de Confiance lancé dans les années 1970, l’enseigne fait déjà de la réparation et du service après l’achat une partie de sa relation avec les clients.
Alors pourquoi l’économie circulaire prend-elle autant de place aujourd’hui ? Parce que notre façon de consommer a changé d’échelle.
Nous achetons davantage de produits. Les collections se renouvellent rapidement. Les innovations technologiques accélèrent le remplacement de certains équipements. Et parfois, acheter neuf semble tellement plus simple que réparer qu’on ne se pose même plus la question. Sauf que fabriquer demande des matières premières et de l’énergie. Et qu’à l’autre bout de la chaîne, il faut bien faire quelque chose de tout ce que nous jetons.
Nos habitudes bougent aussi. Acheter d’occasion ou reconditionné, louer ou faire réparer font désormais partie des options envisagées par de nombreux consommateurs. La réglementation accompagne cette évolution. La loi anti-gaspillage pour une économie circulaire, dite loi AGEC, adoptée en 2020, a notamment renforcé les dispositifs liés à la réparation, au réemploi et à l’information des consommateurs.
Depuis 2021, certaines catégories d’équipements électroniques et électroménagers affichent par exemple un indice de réparabilité. Et pour certains équipements, un indice de durabilité prend désormais également en compte des critères comme la fiabilité et la robustesse. Même la durée de vie commence à avoir son mot à dire au moment d’acheter.
L’économie circulaire n’est donc pas née hier matin. Ce qui change aujourd’hui, c’est son ampleur et la place qu’elle prend dans nos façons de consommer et de commercer. Nos grands-parents avaient déjà une partie de la recette. On lui a ajouté de nouveaux usages, de la tech et un cadre légal.
Le commerce en mode circulaire
À quoi ressemble tout ça une fois qu’on pousse la porte des commerces ? Ça dépend justement de la porte.
- Dans le sport, un vélo peut être entretenu ou réparé. Certains équipements peuvent aussi être repris puis proposés à d’autres clients.
- Dans l’électronique, un smartphone ou un ordinateur peut être récupéré, contrôlé, remis en état puis vendu comme produit reconditionné.
- Dans l’habillement, la seconde main permet à un vêtement de connaître un nouveau propriétaire plutôt qu’une très longue carrière au fond d’un placard.
- Dans le bricolage, certains outils peuvent être loués. Parce qu’acheter une machine pour l’utiliser deux fois par an, c’est quand même lui offrir beaucoup de temps libre.
- Dans l’ameublement, reprise, réparation et revente peuvent prolonger l’utilisation des meubles et équipements.
- Dans la grande distribution, la circularité prend encore d’autres formes. Lutte contre le gaspillage, valorisation des invendus, vente en vrac, réduction des emballages… Les pratiques évoluent jusque dans la gestion des stocks et des rayons.
- Et la liste pourrait continuer.
C’est justement ce qui rend le sujet intéressant. Le commerce circulaire n’est pas un secteur du commerce à part. Il traverse des univers très différents et chacun l’adapte à ses produits, ses clients et ses contraintes.
Forcément, ça demande un peu plus qu’une jolie pancarte « seconde vie ». Un produit d’occasion doit par exemple être identifié, vérifié, parfois nettoyé ou remis en état puis correctement évalué avant de retrouver un nouveau propriétaire.
Occasion, oui. À peu près, non. Et c’est bien pour cela qu’on parle davantage de « produit reconditionné ».

De nouvelles compétences entrent en scène
C’est là que le sujet devient particulièrement intéressant si tu réfléchis à ton futur métier. Parce que l’économie circulaire ne débarque pas dans le commerce avec une armée de nouveaux métiers aux noms futuristes.
Elle fait surtout évoluer les compétences de métiers qui existent déjà.
- Un conseiller de vente peut avoir besoin de connaître les différences entre neuf et reconditionné, d’expliquer une offre de reprise, de parler réparabilité ou de renseigner un client sur la durée de vie d’un produit.
- Dans les achats, les professionnels doivent davantage regarder la provenance, les labels, la durabilité ou encore le potentiel de réemploi.
- La logistique, elle aussi, apprend à faire des allers-retours. Habituellement, le produit quitte l’entrepôt pour rejoindre le magasin ou le client. Avec la reprise et le réemploi, certains produits remontent désormais la chaîne.
- Retour en magasin, tri, atelier, contrôle, nouveau stock… La logistique découvre le sens inverse. Et visiblement, son GPS fonctionne très bien.
- D’autres savoir-faire prennent davantage de place. Diagnostiquer une panne, réparer, contrôler un produit, évaluer son potentiel de réemploi, valoriser des invendus ou gérer un espace consacré à la seconde main.
- L’étude menée par l’Observatoire du commerce sur la transition écologique montre que cette transformation devrait largement passer par l’évolution des métiers existants et des compétences qui leur sont associées. Elle identifie notamment des besoins autour de la connaissance des labels et certifications, de la valorisation des produits durables et des invendus, de la réparation ou encore du réemploi.
Certaines fonctions peuvent aussi se développer davantage autour de la réparation, de la seconde main ou de la valorisation des produits. Quelques métiers émergent : démonstrateur, responsable économie circulaire, opérateur de tri, maître composteur, chef de projet valorisation des invendus, concepteur d’espaces de vente de seconde main, technicien de réparation…
Pour quelqu’un qui choisit aujourd’hui une formation, ce n’est pas un détail. Ces compétences peuvent demain trouver leur place dans la vente, la logistique, les achats, la gestion ou les métiers techniques. Pas besoin d’attendre que « réparateur de planète » apparaisse dans les fiches métiers.
Les métiers du commerce ont déjà commencé à ajouter quelques lignes à leur CV.

Le commerce de demain pense déjà au-delà de l’achat
Prenons l’exemple d’une perceuse. Tu veux installer une étagère. Tu dois faire deux trous dans ton mur. As-tu vraiment besoin de posséder une perceuse ? Parce qu’une fois sa mission accomplie, il y a de fortes chances qu’elle passe les 364 jours suivants dans un placard. Vie intense !
C’est ici qu’apparaît une autre évolution intéressante du commerce. Le besoin du client ne correspond pas forcément à la possession d’un produit. Dans notre exemple, ton besoin réel est d’utiliser une perceuse pendant quelques minutes. La location peut donc parfaitement faire l’affaire. Cette logique existe déjà dans plusieurs secteurs et pourrait prendre davantage de place demain. Et elle change beaucoup plus de choses qu’il n’y paraît.
Quand le commerce réfléchit davantage à l’usage, le rôle du professionnel évolue lui aussi. Il ne s’agit plus systématiquement de trouver quel produit vendre. Il faut d’abord comprendre ce que le client veut réellement faire. Acheter peut être la bonne réponse. Louer peut l’être aussi. Le commerce développe ainsi de nouvelles façons de créer de la valeur autour de l’usage, du conseil et de la relation avec ses clients.
La question de demain ne sera peut-être plus toujours « qu’est-ce que tu veux acheter ? », mais « qu’est-ce que tu veux faire ? ». Sacré changement de perspective. L’économie circulaire remet finalement au goût du jour une idée que l’on connaissait déjà plutôt bien. Faire durer ce qui peut encore servir. La différence, c’est qu’aujourd’hui cette idée traverse toute la chaîne du commerce et fait évoluer ses pratiques comme ses métiers.
Tu pensais peut-être magasin, vendeur, caisse et rayons. On a finalement parlé expertise, conception, commerce international, digital, data, parcours professionnels et nouvelles façons de consommer.
Alors, le commerce… toujours comme tu l’imaginais ?
👉 Ces nouvelles habitudes s’inscrivent dans une transformation plus large. Découvre aussi « Le commerce éco-responsable : vert l’infini et au-delà ! ».